WorkNetMémoire en ligne de Raphaël Bastide

Quand la création en ligne influence les pratiques hors ligne

De cette analyse non-exhaustive de quelques uns des éléments constitutifs de la création en ligne, il ressort avant toute chose qu’il n’est envisageable de circonscrire internet que dans une très moindre mesure.

Une véritable culture a émergé, tant visuelle qu’écrite, appliquée autant qu’idéale, générant ses propres codes ; la somme de champs d’expérimentation qu’elle invite ainsi que les multiples emplois dont elle fait l’objet se réinventent et rayonnent sur eux-mêmes de manière permanente, jetant sur ses pionniers un regard nostalgique et malin, empreint de l’insolence amusée de la maîtrise technique nouvellement acquise.

Pourtant, c’est paradoxalement les limites mêmes du médium qui contribuent en partie et en propre à son insertion dans le réel. Comme il en va de la part humaine à l’intérieur d’un système de standardisation facilement accessible, il va aussi à présent des manifestations de l’appropriation hors ligne de ce système par les utilisateurs. Car si l’espace du web en général et des réseaux sociaux en particulier a permis à un homme, une personnalité et une volonté de s’affirmer derrière un avatar, il en va de l’humain avant tout, et les retentissements se font nécessairement entendre depuis notre perception jusqu’à nos applications au monde.

En matière de communication visuelle surtout, puisque c’est la pierre de touche de la présente analyse, les graphistes, designers et artistes emploient dans leur production hors ligne les fruits de leurs expérimentations sur internet. Reconnus de presque tous, les codes graphiques d’Internet ont des répercutions dans la totalité des supports graphiques : Edition, affiche, typographie, vidéo, textile, design industriel…

Les réseaux sociaux entre autres permettent une progression stylistique dans le domaine appliqué du graphisme, et il est évident que la collaboration comme dialogue, suivi d’une idée, contribue à l’expérience dans ce domaine. De plus les contraintes machine apportent de nouvelles opportunités : l’ordinateur est lui-aussi un créateur… De cela, il est nécessaire de créer un réseau “social” consacré à la recherche graphique, mais dont la notion d’aléaoire comme contrainte permettrait une intervention et donc une collaboration aveugle avec la machine. L’aspect de l’identité y jouera un rôle fondamental ainsi que la participation par interventions de ses membres : ils sera question en premier lieu de poster des thèmatiques sur lesquelles travailleront d’autres. Avis aux programeurs qui me liront !

bonjour(at)raphaelbastide.com

Myspace en images

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A propos du processus de création sur les réseaux sociaux

La manipulation de l’identité sur les réseaux sociaux est une tâche qui suscite un processus de création réfléchi. Dans un premier temps il s’agit de créer un univers grâce aux créations de l’utilisateur : des banques d’images, des animations, l’élaboration d’un langage propre et d’une charte graphique seront autant d’outils qui lui permettront de s’affirmer comme singulier ou faisant partie d’un groupe. Une fois cet univers crée, il s’agira de le présenter sur les profils de ses amis du réseau social et là encore, il y aura matière à création dans la mesure où la façon de rendre visibles ses travaux s’apparentera clairement à une auto-promotion. Selon ce principe, certaines techniques de communication employées par la publicité sont naturellement utilisées lors de ces interventions sur les pages d’autres utilisateurs ; elles sont pensées et conçues en amont dans le but évident de plaire et de stimuler envie et curiosité chez l’autre, d’en savoir et d’en voir toujours plus sur soi.
L’identité enfin établie et maitrisée, elle s’imposera comme un véritable réflexe, dont chaque intervention devra être en harmonie au regard de l’univers préalablement défini. Dans son interview, Guillaume Grall affirme que son processus de création est devenu automatique et que la réflexion n’est plus une étape systématique ; cela semble corroborer l’idée que l’environnement de création et le réseau social influencent à terme les choix de création et la poursuite d’une présence sur une plateforme de réseau social.
Ce processus peut également évoluer selon les paramètres dont il est lui-même dépendant : l’identité, les contraintes de l’application Myspace ainsi que l’environnement graphique de l’avatar. Pour exemple, si un utilisateur possède un profil sur Virb et sur Myspace, il est tout à fait possible que son processus de création diffère d’une plateforme à l’autre. De la même manière, les interventions déjà présentes sur une page peuvent influer sur les créations à venir, cela pouvant aller jusqu’à une influence dans les créations elles-mêmes, l’élaboration d’un visuel dépendant alors directement de la plateforme pour lequel il est initialement conçu. Il en va dans ce cas précis de la vérification de la thèse de Marshall McLuhan selon laquelle “le médium est le message”, autrement dit que le support de communication employé contient par essence la nature et la forme du contenu qu’il devra servir. De plus, au-delà de la contrainte machine précédemment exprimée, l’esprit de la communauté rayonnera sur le processus de création.
Le gif animé permettant de faire défiler des images prises à différents moments de la création d’un visuel, son emploi fait surtout état de la démarche elle-même mise en valeur, sur un médium qui est parfois froid et qui selon certains, manque d’humanité. Cet exemple permet de justifier et de rendre compte du travail d’un concepteur, souvent sous-estimé ou même insoupçonné des les non-initiés.
Enfin, la capacité d’archivage du support a une importance capitale en matière de création puisqu’il est évident que le processus de création ne sera pas le même sur un chat éphémère que sur les pages d’un réseau social ou dans un email. L’influence du temps de visibilité contribue donc également à la création à proprement parlée. Sur Myspace par exemple, la partie des commentaires de chaque profil se renouvelant avec chaque intervention, les posts ont par conséquent une durée de visibilité qui dépend clairement de la fréquence d’activité de la page. Sur un blog, le temps de visibilité des créations est déterminé par son administrateur tandis que sur Communimage1, la création persistera tant que le projet existera.

1 Communimage (depuis 1999) est un projet de création collaboratif visant à créer collectivement un collage géant.

Interview : Guillaume Grall

Guillaume Grall
Aude Debout Etudiante à l’ERG, Bruxelles
A l’Atelier de Création Graphique de Pierre Bernard
220, rue du Faubourg St Martin, Paris

Salut Guillaume Grall, peux-tu te présenter ?

J’ai 26 et demi, je suis graphiste indépendant, je travaille à plein temps à l’Atelier de Création Graphique. En dehors de ça, j’ai aussi d’autres activités graphiques notamment avec Le Club Des Chevreuils1.

Quelles sont les différences entre Myspace et un autre réseau social comme Facebook ?

Facebook n’est pas fait pour la création. Sur Myspace il y a des identités d’artistes : on a un univers qui est de l’ordre de l’avatar, qui n’est plus celui de la personne sociale, la personne réelle. Mon Myspace ce n’est pas moi, c’est le personnage que je joue sur ce réseau-là. Mon Facebook est mon réseau d’amis, mon entourage, ma famille ou les camarades d’écoles avec qui je garde des liens. C’est un peu le reflet de ton propre réseau social.

Ces réseaux sociaux permettent de se forger une identité pas seulement graphique, mais aussi grâce à d’autres outils comme la musique, la vidéo l’écriture ou le ton. Sur le Myspace du Club des Chevreuils par exemple ou sur celui d’Hektor2, on ressent bien l’identité d’écriture. Faire connaitre cela à des gens qui ne sont pas visiteurs de réseaux sociaux, faire connaitre à ces gens ce processus peut être à mon avis intéressant, notamment par l’intermédiaire de l’affichage qui est quelque part l’ancêtre du “post” ou commentaire sur une page Myspace.

Tout à fait d’accord sur cette idée d’écriture, de ton spécifique. Il y a aussi une partie invisible plus privée que le “wall”3, les messages privés (à l’instar des mails qui engagent un échange plus franc et plus personnel). Mais le “wall” (qui porte d’ailleurs bien son nom en référence aux affiches) crée des échanges publics. Je suis d’ailleurs surpris que des gens dialoguent sur ce wall. Les gens savent que tout ça va être vu et lu. Des messages comme “C’était trop bien la fête hier soir”, c’est un peu comme “là je vais montrer à tout le monde qu’hier on était ensemble en soirée”. On peut lire parfois des échanges très longs, très fonctionnels, entre deux personnes à travers leur wall interposé : “Tu viens ce soir ?”, “Ouais je pars du taffe à 18h et toi ?”, “Je pourrais pas être là avant 20h, la loose”, “Ok je préviens Michel. On s’appelle”, “K@@L, à ce soir, bisou”, “Bisou” (le plus drôle étant souvent les premiers échanges, souvent superficiels, entre personnes qui ne se connaissent pas : “Merci pour l’ajout”, “De rien j’adore ton taffe”, “Merci c’est bien ce que tu fais aussi”, etc.). De la même manière, ce wall public nous renseigne sur l’activité des gens, alors que la partie privée par contre permet d’envoyer des mails internes.

En ce qui concerne ces messages privés, t’en sers-tu avec des contacts proches ?

Quand j’ai découvert Myspace, j’étais à fond dedans. Avec Tony Leven et on s’est bien marrés. Et puis une fois que tu t’es bien amusé, que t’as pourri le wall des autres, que t’as balancé des images énormes aux gens et que tu t’es fait un maximum d’amis de tous les réseaux, tu entretiens le truc de temps en temps. Moi je fais rarement de demandes d’amis, je dois en recevoir trois ou quatre par semaine en échangeant un “salut c’est cool” et puis c’est fini. Les messages privés sont plus fréquents pour poser des questions par exemple. Au lieu de le faire en public devant tout le monde, on les pose directement en privé. C’est comme les private rooms dans les chats. Concernant la création, elle se fait surtout sur la partie publique. C’est là où tu vas mettre un peu de taille, sortir des phrases ou faire le con. Il n’y a pas ce caractère réel de la conversation, c’est une affirmation de sa propre identité. C’est là où tu vas représenter, te faire connaître à travers ton personnage et tes spécificités. Quel est ton personnage ? Quel est ton univers ?

Ce sont des masques que l’on porte.

Oui c’est ça, cette idée de masque vient un peu du Club des Chevreuils. On prend n’importe quel nom, n’importe quelle image, et derrière ça on exprime des choses. Certaines personnes vont prendre ça au premier degré, d’autres vont voir quelque chose de plus subtiles. Avec Thomas (aka Hektor) c’est plus des vannes qu’on se sort devant tout le monde. Bon c’est comme ça qu’on s’est connus mais bon :) ça n’a pas de sens. Parce que dans la vraie vie, ce mec est une crème !

C’est justement le fait que ça n’ait pas de sens qui fait que lorsque quelqu’un débarque sur Myspace sur une page comme la votre, qu’il ne connait pas, c’est quand même impressionnant : des images de 1000×2000px, des insultes sales, des remarques absurdes sur des thématiques inventées. C’est ça que je trouve intéressant car ça n’existe pas par hasard. J’ai recherché les antécédents à ce phénomène, notamment dans le net.art, et je me suis rendu compte que dans les années 90, les gens communiquaient par l’intermédiaire des listes de diffusions, qu’il y avait cette recherche d’identité pour s’introduire dans le réseau facilement en tant qu’artiste et se faire un nom. C’était aussi leur principal outil de création d’ailleurs. On a aussi des inspirations sûrement pas volontaires de l’art de chambre d’ados dont il est question dans “basse def“. Est-ce que pour toi Myspace est aussi un outil de travail ?

Je peux pas dire ça. Mon travail c’est celui qui paye à la fin du mois et qui me fait exister socialement, en tant que graphiste. Mais, personnellement, Myspace m’a permis d’affirmer un personnage, un univers et de faire des rencontres qui ont débouché sur des échanges plus ou moins professionnels. C’est une sorte d’entretien de réseau : montrer que tu es là, présent, que tu te balades, tu dis bonjour aux gens, tu les complimentes, tu te montres, etc. C’est un peu des mondanités modernes. Et ça, ça me prend pas mal de temps, d’autant plus qu’à la partie publique sus-citée s’additionne une autre plus relationnelle : par exemple, entre membres du Club des Chevreuils, beaucoup de discussions, de réflexions par mails, d’amitié (pas forcément visible sur internet), de projets, il y a tout le backoffice derrière. En fait on montre vraiment ce que l’on veut bien montrer !

Comme cet échange de mail en amont de Ink4 ?

Oui. Et encore, Ink c’était petit comme échange de mails. Nous, notre projet ultime si jamais un jour on arrête le Club des Chevreuils, c’est de publier tous les mails qu’on s’est échangés, on doit en être à 10 000 ! un truc comme ça… A cinq ça va vite. Depuis cinq ans, il n’y a pas une journée où on ne s’envoie pas un mail. Je me suis levé ce matin avec deux mails de Julien, c’est comme ça. C’est pour ça que Myspace a été très drôle à un moment donné (ça l’est encore car ça me permet de parler avec des gens que je ne connais pas et de rencontrer des gens comme Hektor qui est devenu un ami). Maintenant c’est plus Facebook car il est plus réel et plus concret. Pour nous (LCDC), l’idée du réseau est que si tu avances c’est aussi grâce aux gens qu’il y a autour de toi ; c’est quelque chose d’évident. On ne peut pas être tout seul dans son coin. A partir du moment où tu joues le jeu de la visibilité virtuelle tu es forcément amené à étendre tes activités.

J’ai le sentiment qu’il n’y a pas de conflit ou d’adversité au sein de ces réseaux alors que c’est une notion prépondérante dans celle de communication. Tout semble policé, on peut se faire des amis mais pas d’ennemis.

On est pas obligé d’être ami avec quelqu’un qu’on n’aime pas. Du moins la virtualité permet aussi d’être “ami” avec tes ennemis… puisque l’on porte des masques et puisque par définition la virtualité te permet de faire des choses que tu ne ferais pas en vrai (comme parler à des gens que tu ne connais pas, etc.).

On a peut-être pas assez d’éléments pour se faire des ennemis, et puis ça ne semble pas être le cas dans les blogs puisque l’on poste souvent pour lancer une discussion.

C’est vrai que sur les blogs, c’est souvent énervant le “trop cool ! et regarde ça c’est le lien vers mon site !” “J’adore ce que tu fais, vas-y, va voir ce que je fais aussi !” ou sur les skyblogs “Tu me mets un commentaire et moi je t’en écris cinq”. Après en ce qui me concerne (peut-être plus que les autres membres du Club, parce que, moi, je suis vraiment au taquet), Skyblog me fascine encore, c’est l’an 2000 ! Il faut pas faire comme si c’était mal ou décadent. C’est une véritable pépinière de vie, et pas seulement virtuelle ; les ados se côtoient à l’école et se parlent encore sur msn ou via les blogs une fois rentrés chez eux. Ça me rappelle vraiment quand j’avais 13 ans et que j’appelais mes copains au téléphone le soir alors que je venais de passer la journée avec eux.

Pourquoi cet engouement pour Skyblog ?

Tous les ados de 12 à 20 ans le font sérieusement et jouent le jeu de la virtualité et du réseau étendu et visible ! Je ne vais pas théoriser sur le coté vie privée, voyeurisme, parce que je joue aussi ce jeu là : je montre ma vie et je regarde celle des autres ; je pense qu’on est tous un peu voyeuristes. Je suis complètement fasciné et très curieux par rapport à tout ça.

Pour en revenir à la création sur les RS. Se “dévoiler” personnellement est une réalité qui existe depuis internet et les pages persos, mais aller jusqu’à créer une identité avec images “tout terrain” fortes étant donné la multitude de pages sur lesquelles elles vont atterrir, c’est ça qui est nouveau. Je pense à des codes low-fi , kitch ou le profil .jpg . Est-ce que d’après toi, quelque chose est né sur les réseaux sociaux en terme d’imagerie ?

En tout cas ça a explosé. Toutes les images que tu pouvais échanger par mail avant Myspace, des images de rotten.com (rires) ou comme tu dis des images kitch, c’était déjà cela. Le .jpg est devenu l’affiche du net. Il y en a qui sont devenues populaires comme la famille en poil. Le profil .JPG est basé sur cette idée : trouver le jpg que personne ne connait. C’est un peu comme chiner ou aller dans un marché aux puces, il faut trouver la perle rare. Dans le Club des Chevreuils, il y en a deux à fond là-dessus, ces images que l’on met sur la page d’accueil de notre site, ces images que l’on peut collecter ou envoyer. Je ne sais même pas comment ça se trouve, mais il est certain que ça ne se cherche pas. Maintenant avec Myspace, ffffound et compagnie, rend cela officiel. Avant, il n’y avait pas d’endroit où tu pouvais trouver toutes ces perles rares. Maintenant c’est devenu facile. Presque démodé…

C’est un effet pervers ?

Ca reste une image, par exemple avec LCDC, on a une expo prévue à Toulouse, et on collecte des jpgs pour nourrir notre réflexion. Quand tu as ces images dans un dossier toutes mises bout-à-bout, tu as le reflet d’une espèce de subjectivité en rapport avec ta personnalité. De la même manière, quand je regarde mes favoris sur flickr, je me rend compte que c’est le même genre d’images. C’est moi, mes goûts. Quand tu envoies une image, tu te l’appropries. Le jpeg en lui même est peut-être drôle, mais pas très intéressant.

Une même image aura différentes lectures selon son contexte. Par exemple lorsque quelqu’un prend une photo de sa famille, la poste sur flickr ou Google Image, elle passe dans le domaine public. Quelqu’un se l’approprie et ça crée du mouvement, des glissements de sens, une autre perception.

Quoi qu’il arrive, mettre une image sur un mur, ça sera différent que la même image sur un écran. Le fait de poser une image sur un espace qui ne lui était pas destiné est en soi un concept. Tu peux prendre les choses, les mettre dans un nouvel environnement, et offrir ça de manière nouvelle. Ta création réside dans le changement de contexte. Quand nous (avec Le Club Des Chevreuils) imprimons des hoax ou des spams, on offre une nouvelle lecture, sans forcément tout expliquer. La pratique du Club est de faire du rangement, de la sélection et c’est là qu’est notre création, un peu comme un DJ se réapproprie la musique à travers un set mixé ; c’est sa sélection, sa vision, son assemblage, et ce sera forcément différent du résultat d’un autre qui devrait composer avec le même matériau musical.

Est-ce que Le Club Des Chevreuils aurait existé tel qu’il est aujourd’hui sans les réseaux sociaux ? Et pourquoi ?

LCDC a existé avant même de se poser la question des réseaux. Tout est parti de l’amitié : on était à l’école ensemble et on ne voulait pas se retrouver seuls. Pour moi, le plus important à l’école est de créer le lien, s’imprégner des autres. Et, surtout, de ne pas rester seuls, étant donné que se faire une place est délicat dans le métier, ne serait-ce que pour trouver du travail. Nous on a eu la chance de garder le contact, on s’est fait une petite équipe pour faire un fanzine, puis on voulait avoir un atelier et dessiner dans l’atelier (il y en a trois qui dessinent vraiment très bien). On voulait faire des choses, peindre, faire de la sérigraphie, des tee-shirts, un peu à l’ancienne. Quand on a vu que c’était pas possible, car faire des choses à cinq exige du temps, de l’argent et des idées, on a commencé à se parler sur internet. Ça a commencé par des rendez-vous, puis c’est devenu notre activité principale : les échanges de mails. C’est ça Le Club Des Chevreuils. Les réseaux sociaux ont plus été un outil dans la même lignée pour distribuer encore plus de cartes, de jpg et de messages, entre nous, puis vers les autres. On ne fait de mal à personne, c’est toujours bien quand les gens jouent le jeu. Avant on avait déjà cette idée d’aller pourrir les blogs, de faire des cartes pour les donner, de parler des autres, de parler de nous. On a un peu cette image de petits cons issus de la culture du tag. Ça fait partie de nous et de notre culture de faire tourner le blase5 partout. Ça a aussi commencé à l’école, on collait des trucs là-bas, puis on a eu des boulots et on a continué. Ça a d’ailleurs intéressé Etienne Hervy qui a fait un article sur nous dans étapes: y a deux ans je crois. On était dans un esprit de propagande, dont le site internet était le siège. Le Club Des Chevreuils, c’est un site internet. On est un serveur FTP où l’on stocke. On veut les meilleures statistiques de visites, on veut que ça grimpe. C’est un plaisir pour nous tout ça, y a pas forcément de stratégie.

On ressent bien qu’il n’y a pas de stratégie, c’est même ça qui est bien, on ressent encore le délire de potes. Pour des personnes extérieures, il y a une intimité dont on essaie de percer les secrets. C’est un peu ça qui fait votre charme.

C’est pour ça qu’on a jamais voulu dire explicitement qui on était, ce qu’on faisait et pourquoi on le faisait. En fait, on n’a pas d’organisation, de liste ou de tâches. Pour le site, par exemple, je voulais réguler le choix de l’image en homepage par semaine sur un calendrier avec le nom de chacun, et dés la première semaine ça a foiré. On est tous impliqués dans le groupe mais on a quand même des boulots à coté donc, on est pas tout le temps dessus. On fait vraiment ça de manière spontanée et dilettante. Je suis d’accord avec toi, c’est cette sincérité qui peut être intéressante… mais pas plus que ces millions d’ados qui jouent le jeu du blog et du journal intime public.

Tu passes combien de temps environ sur Internet ?

Beaucoup de temps. Mais je n’ai pas de lecteur de flux RSS par exemple. J’essaye de le faire plus par dessus la jambe et donc de rater plein de trucs. J’ai pourtant l’obsession de tout voir et de tout savoir. Je peux pas supporter de voir quelque chose d’intéressant me passer sous le nez. Ça doit remonter à la petite enfance.

D’une manière générale, tu penses quoi de ma problématique ?

Je pense que ça serait dommage que ça s’arrête à une théorisation. C’est bien d’avoir conscience du phénomène, d’expliquer les choses, mais il faut des applications graphiques pour que ce soit digne d’un bon travail de graphiste. Le graphisme ne s’adresse pas aux graphistes, il ne fait que traduire le besoin de quelqu’un d’autre. L’aspect pervers des réseaux sociaux c’est ça : produire pour d’autres graphistes, rester dans un microcosme qui n’intéresse personne d’autres que soi et ses homologues. Il faut pas croire, mais si tu ne fais pas une création de fou, en t’investissant, les gens passeront à coté. Le graphisme est une chose concrète, pas de la théorisation. Une bonne affiche est une affiche imprimée. C’est une fois imprimée qu’elle parvient à sa fonction (je fais là la distinction entre une affiche imprimée dans la rue et son avatar en jpeg, qui ne remplissent sémiologiquement pas du tout le même rôle). C’est pour ça qu’il faut que tu aboutisses à quelque chose de terminé pour faire communiquer tes idées jusqu’au bout.

Merci Guillaume.

1 Le Club Des Chevreuil, collectif de graphistes dont fait partie Guillaume Grall - Site - Myspace

2 Hektor fais des illustrations à la fois naïves et grinçantes. C’est aussi un ami de Guillaume Grall depuis leur rencontre sur Myspace
3 Le wall est la partie de commentaire sur un réseau social. C’est là que l’on écrit, que l’on communique, et que l’on poste toute sorte de document.
4 Ink est un magazine de questionnements graphique publié par superscript. Voici les discutions du collectif avant de participer à un numéro.
5 Signature des taggeurs

Listes des techniques de créations

Liste succincte des techniques actuelles de création utilisées notamment sur les réseaux sociaux

Gif animé

Le format Gif est considéré comme le roi de la culture populaire sur internet car il est léger. Il présente deux particularités essentielles : une couche de transparence d’une part, et la possibilité de contenir plusieurs images à animer de l’autre. La transparence permet de révéler le fond de la page sur laquelle l’image est placée, et évite ainsi un cadre de couleur forcé autour d’une forme. L’animation au milieu d’images statiques assure un impact visuel immédiat. Elle permet aussi de contenir plus d’informations qu’une image classique. Associées, la transparence et l’animation permettent la création de smileys, d’avatars, de bannières, de flyers (pour des concerts par exemple), etc. La compression du format gif poussée à son extrême donne naissance à une trame complexe de pixels se revendiquant d’une certaine esthétique.

Flash

Le format Adobe Flash est encore peu utilisé en raison de sa complexité de création et d’intégration. Il constitue cependant une piste à surveiller étant donné ses capacités techniques.

Vidéo

La plupart du temps, les vidéos sont chargées depuis des sites comme Youtube ou Dailymotion, puis affichées en FLV. Les créations spécialement crées et destinées aux réseaux sociaux sont rares, sans doute à cause du processus de création que cela implique.

Formumaires ou form art1

Grâce à l’intégration du HTML, Myspace a permis l’intégration d’éléments natifs comme des éléments de formulaires : champs, boutons, checkboxes, etc.
C’est l’une des pratiques des plus intrusives. Elle met en situation des éléments d’habitude formels et propose une lecture nouvelle de l’élément de formulaire.

Art ASCII

Arrière petit fils du hiéroglyphe, petit fils de l’illustration caractère et fils de l’illustration typographique à la machine à écrire, l’[ln wikipedia]art ASCII[ln] est surtout utilisé par les hackers pour signer leurs programmes. Il permet de voir émerger une illustration à partir de liste de caractères choisis en fonction de leurs intensités. On obtient alors des nuances de gris typographiques qui permettent beaucoup d’expériences graphiques. Il est surtout utilisé sur certaines listes de diffusions ou forums. A plus petite échelle, l’ASCII donne naissance aux smileys :D qui sont devenus un grand classique en matière de communication populaire sur internet.

Composition typographique

Des textes sont parfois mis en page de manière non conventionnelle. Les jeunes utilisateurs de Skyblog par exemple, n’hésitent pas mélanger écriture SMS à une colorisation dégradée de blocs de textes, ou encore uNe uTiLiSatIon pluS Ou moiNs AléAtoiRe des CapItales cOmme IcI. Sur Myspace, on aperçoit souvent des messages simples en html, avec des corps typographiques exagérément gros (suppression) utilisant (forcément) les fontes systèmes2. Cette dématérialisation typographique assure une diversité d’affichage selon les contraintes suivantes : le navigateur du visiteur et les contraintes de la page Myspace sur laquelle figure le message. Ce type de création basique n’est apparu que depuis l’émergence des réseaux sociaux puisque les chat et les forum permettent peu d’options de mise en page. Il est cependant possible de lire sur des forums deux discussions en parallèle, l’une en noir sur blanc et l’autre en blanc sur blanc, mais il semble que cela relève davantage de l’intention de codage de l’information plutôt que d’une réelle création.

Collecte archivage

Depuis ses début, internet est un médium idéal pour la collection. Images statiques, gifs animés, spams, sons, avatars… Tout est prétexte à être répertorié, classé, listé, archivé. Roman Minaev est un net.artiste qui a notamment travaillé sur la collecte d’images avec d’interminables pages de visuels en tout genres. Charlotte Cheetham et son profil Myspace nommé .JPG propose la création d’une galerie communautaire et participative d’images sans thème précis. De la même manière, le Club des Chevreuils a engagé une démarche d’archivage dont Guillaume Grall nous parle dans son interview [LIEN]. La collection devient alors une forme de création à part entière dans la mesure où elle s’emploie à sortir une image de son contexte premier, et que par sa réutilisation et sa mise en vis-à-vis avec d’autres, offre une nouvelle lecture à l’objet archivé.

Détournement

La pratique du détournement peut concerner les publicités, spams, ou même les identités.

Répétition

La répétition fait partie des techniques publicitaires utilisées aussi sur les réseaux sociaux. Toutefois, sans nécessairement d’intention publicitaire, la répétition agrandit les pages, alourdit les commentaires, trouble l’utilisateur et l’administrateur de la page. C’est d’ailleurs la manifestation la plus simple du jubilatoire “copié/collé”.

Basse définition

L’esthétique basse def, rebelle, nostalgique de l’adolescence, apporte son lot de création. Les scans de dessins, pages de carnets griffonnés, compositions au feutre et autres expériences plastiques de bureau côtoient les langage crus et codés ainsi que les images rapidement créées pour une seule occasion. On peut aussi trouver des esquisses ou des morceaux de projets inachevés, sans explications, laissé là comme des déchets.

L’affichage à l’écran de toutes ces formes de création varie en fonction de nombreuses contraintes techniques. Cela permet donc d’avoir plusieurs formes graphiques d’une seule et même création. En quelque sorte, le créateur qui poste une image la livre au bon vouloir de la machine et perd ainsi une maitrise partielle de sa création.

1 Manipulation d’éléments de formulaires html au service de la création. Voir Form par Alexei Shulgin
2 Ink N°3 : Démocratisation typographique et fontes systèmes, publié par Superscript

Interview : Charlotte Cheetham et Pierre Vanni

Charlotte Cheetham, Pierre Vanni, et .JPG
Domicile de Charlotte et Pierre, Toulouse

Bonjour Pierre Vanni. Peux-tu te présenter ?

Je suis graphiste et en doctorat d’arts appliqués, j’ai suivi une formation universitaire depuis le début. DEUG, licence, master arts appliqués, master 2 arts plastiques orienté vers les nouvelles technologies et un master 2 de recherche. A la faculté du Mirail j’ai eu beaucoup plus de profs plasticiens que graphistes ce qui m’a permis d’avoir une formation mixte. Concernant mes références, j’ai une bonne culture en graphisme contemporain mais j’ai surtout des références plastiques, j’aime bien les textes qui traitent de la renaissance, les analyses de tableau de Daniel Arasse, cet univers me plait : la construction de l’image, comment on la pense à cet époque là, l’iconographie. Le fait qu’une image soit construite grâce à des codes symboliques, la cohérence de la forme, la disposition dans l’espace, etc… J’essaie de tirer au maximum mon inspiration de là. Après j’essaye pas d’échapper à ce qui se fait aujourd’hui. A travers le blog de Charlotte, je vois ce que font les graphiques étrangers, ça fait aussi partie de mes sources d’inspiration.

Et dans le reste du monde ?

J’aime la culture traditionnelle japonaise, le rapport à l’espace et à la lumière… Mais c’est vrai que je saurais pas te citer un graphiste sud-américain, a priori c’est plutôt le nord de l’Europe qui m’intéresse. Charlotte, une petite présentation ?

Je m’appelle Charlotte, j’ai 24 ans, j’ai une formation en communication et histoire de l’art. Je travaille dans le milieu de l’art contemporain (communication), et j’ai un blog qui s’appelle Manystuff, qui présente quotidiennement des graphistes contemporains. Comme Pierre, j’ai pas vraiment une culture de l’histoire du graphisme mais je connais ce qui se fait actuellement et les nouveaux acteurs du graphisme. Concernant Manystuff, on travaille sur une revue qui va sortir d’ici peu1, et une exposition prévue en juin2, qui sur le même principe que le blog va présenter huit graphistes.
Il y a trois ans, je ne connaissais rien au graphisme et quand j’ai rencontré Pierre, j’ai commencé à m’y intéresser. Chaque jour j’envoyais un mail à Pierre et d’autres amis quand je trouvais quelque chose et puis je me suis dit : pourquoi pas en faire profiter tout le monde. C’est assez simple en ligne. Je n’imaginais pas une seconde que ça allait prendre une telle ampleur ne serai-ce que dans ma vie. Je me lève tous les matins très tôt exprès pour Manystuff. De 6h à 8h 15, je m’occupe du blog et puis je vais travailler. Ça fait vraiment partie de notre vie maintenant. Mon rêve serait de pouvoir vivre de ça, de faire des évènements réguliers, pourquoi pas d’avoir une vraie galerie ! Quand on aura de l’argent…
En parallèle, j’ai un Myspace sur l’image qui s’appelle .JPG. J’y mets des images dont j’aime bien l’univers, parfois c’est une histoire de couleur, de sujet ou d’humour. J’essaye de ne pas me moquer, c’est pas ça l’idée. En revanche les gens qui postent le font parfois, ça ne me plait pas trop. J’aime beaucoup l’imagerie des années quatre-vingt et soixante-dix. .jpg c’est aussi une blague au départ, ce n’est pas réfléchi, mais pourquoi pas exposer ces galeries collaboratives, faire des évènements rigolos, faire participer les gens. Je pense qu’on le fera cette année une fois que le magasine Manystuff sera sorti.

Petite précision : Manystuff est le meilleur blog de graphisme sur le net.

Du monde ! On a en moyenne 3000 visites par jour.

Est-ce que tu gagnes de l’argent grâce à Manystuff ?

Non zéro. C’est un blog de passionnés. Les gens qui visitent le blog sont essentiellement des graphistes, puis des gens de la com., boîtes de pub… Géographiquement, il y a d’abord des anglo-saxons et Europe du nord, des français forcément, mais vu que ma sélection concerne principalement l’Europe du nord, ça se fait ressentir sur les visiteurs. J’ai quand même des italiens …

Vous êtes sur Internet depuis combien de temps ? Comment s’est passé la découverte du web ?

Moi c’est vraiment très récent. J’ai découvert ça grâce à Charlotte qui squattait internet. Je ne connaissais pas du tout tous ces sites communautaires comme Computerlove.

C’est moi qui ai ouvert les profils de Pierre un peu partout.

Effectivement. Encore maintenant je ne suis pas vraiment intéressé. C’est agréable mais c’est pas un moteur. Ça me permet de mettre à jour mes travaux, faire le point sur ce que je fais, mais ça vient dans un second temps, aprés la création et ça ne la motive pas forcément.

Moi j’ai toujours eu des ordinateurs à la maison, mais avec le blog et la découverte du graphisme, mon utilisation d’internet s’est intensifiée. J’ai ouvert un Myspace pour Manystuff et maintenant j’aime bien. Ce qui me plaît aussi c’est de rencontrer des gens, j’adore ça et je pense qu’à moins d’habiter à Paris, les réseaux sociaux sont une nécessité pour communiquer. Ma façon de découvrir c’est de passer du temps sur le net en étant curieuse. Mais il faut aimer se mettre en avant. C’est peut-être pour ça que Pierre n’aime pas ça. Il faut passer des heures à dire qu’on existe. La première année, j’ai passé tout mon temps à mettre des liens partout pour faire connaître Manystuff. Après c’est plus facile. Maintenant je n’ai plus cette démarche là. C’est pas que les gens viennent à moi, je continue de chercher, mais le mécanisme est lancé. On plante des drapeaux un peu partout et on attend.

Où est la limite du fun et du professionnel dans votre utilisation d’internet ?

En ce qui concerne Manystuff, ça reste du fun mais parfois ça devient un vrai travail. Je m’engage à publier tous les jours. Ça peut devenir une contrainte mais c’est fait avec plaisir. Si ce n’est plus le cas, je passerais à autre chose.

C’est vrai que la plupart des boulots que j’ai eu jusqu’à présent, c’est grâce à Internet. Le premier projet pour GHOSTAPE s’est fait via Myspace. Mais je m’en rend pas forcément compte. J’actualise ma page Myspace avec mes boulots et un lien vers mon site. Ce qui est agréable sur Myspace, c’est cette impression de se laisser dériver. Tu attends que les gens viennent à toi. C’est sûrement plus complexe, ça vient parfois de publication dans les magasines ou du bouche à oreille.

Il me semble que tu as été publié dans Grafik ?

Oui d’ailleurs ça s’est fait par Myspace. Ils ont vu une vidéo sur ma page. Tout s’enchaine.

Est-ce que ton portfolio est aussi visité que ton Myspace ? Lequel génère le plus d’opportunités ?

Mon site web est le plus fourni, le plus construit, c’est celui que je mets à jour le plus facilement mais qui me prend le plus de temps, pourtant je ne pense pas que ce soit le plus visité. Mais il faut en avoir un. Ça permet de se forger sa propre image sans les contraintes d’un réseau social comme Myspace.

Quel est votre réseau social préféré ?

Moi je préfère Myspace. J’ai l’impression que les gens qui sont sur ces réseaux sont avant tout sur Myspace, donc ça m’intéresse plus. Aprés il y a un coté léger sur Myspace qu’il n’y a pas sur les autres outils comme Facebook ou Virb. C’est plus décontracté. Tout le monde dit que c’est laid mais je vois pas pourquoi ça devrait être beau, c’est populaire ! Il y a une ambiance de déconnade, mais tout le monde a bien compris qu’on peut s’y faire connaître. Myspace permet de faire son auto-promotion de façon décontractée et rigolote.

Moi aussi je préfère Myspace. C’est pas le réseau le plus ergonomique et le plus travaillé mais en même temps ça apporte une fraîcheur. Quand tu vas sur Virb3 et qu’on a déjà une fausse prétention dans le graphisme, sobre, on ne peut pas se l’approprier comme sur Myspace. On reste dans un cadre, comme sur Facebook. Sur ces réseaux sociaux, l’ergonomie et le design ne comptent pas beaucoup. Sur Myspace, c’est la diversité des intérêts qui fait que c’est sympa et que ce n’est pas une communauté seulement faite pour les graphistes ou pour les musiciens. Tout le monde peut se l’approprier.

Est-ce que vous pensez qu’il y a une forme de création motivée par les réseaux sociaux ? Est-ce que d’après vous les gens créent des images ou autre sur Myspace qui n’existeraient pas sans Myspace ?

Oui, Myspace est un moteur, moi-même j’en fais, des gifs animés réservés aux commentaires de tes copains, etc.

En plus le contexte même de la page Myspace, avec ses limites dans les commentaires, ce formatage, crée un sens de lecture spécifique. Le gif peut raconter quelque chose assez rapidement et donc est beaucoup utilisé. On trouve aussi d’énormes corps de typo, des sites kitch à paillettes, les “thanks for the add”4

Ces images doivent attirer l’œil et être séduisantes, mais est-ce qu’elles ont d’après vous une fonction strictement publicitaire ?

On peut séduire en étant dans le décalage et la surenchère comme .jpg ou Le Club Des Chevreuils, après je pense pas qu’elles ne servent qu’à communiquer, il y a aussi des blagues visuelles, des petits clins d’oeil. Tu crées une complicité par l’image. Tu y mets tes références et crées un lien assez facilement. L’image va parler à tout le monde mais va être interprétée de manière différente. Souvent on en dit pas trop, on garde une réserve.

Je pense que les gens qui sont sur Myspace pour se vendre travaillent toujours leur image pour attirer vers leur profils. L’identité est toujours réfléchie pour refléter leur univers ou leur travail. Moi je fais toujours attention à ce que je mets comme image pour que ça me corresponde. C’est comme des masques que l’on se met.

Concernant les contraintes techniques de Myspace comment les ressentez-vous ?

Il y a un plaisir dans Myspace : c’est briser les règles imposées. Balancer des images de 1024px de large qui pourrissent ta page et qui te la fait ralentir, le plaisir de pourrir sa propre page, ou au contraire de faire quelque chose de très épuré en enlevant des éléments. On te donne une page de page (?) et on t’invite à la customiser. L’intérêt est de changer les règles du jeu et d’en faire quelque chose de vraiment personnel.

On a sur Myspace des micro-communautés : musiciens, artistes, graphistes… J’ai remarqué qu’il y avait une façon de communiquer chez les artistes et les graphistes par des codes communs. Par exemple, en créant leurs propres images ils peuvent se permettre des choses assez intéressantes qui sortent du lot. Dans ce sens là, ça devient une pub inter-graphistes donc plus subtile.

Oui ce sont des codes qui sont connus d’une communauté et pas d’une autre, donc c’est un peu des private jokes affichées à tous.

C’est important que la communauté soit ouverte à tous ?

Pour la création c’est quelque chose d’important. Fermer une communauté comme on peut voir des réseaux de business, ce serait faire marche arrière. L’avantage de Myspace, c’est que si j’aime un style de musique je peux avoir accès à des artistes en rapport avec ce style, tout comme je peux voir un panorama des graphistes. Je vais donc découvrir un univers entier. Les communautés reproduisent des schémas qui existent déjà avec une fluidité dans les rapports qui augmente la rapidité, sa visibilité…

J’ai constaté qu’il y avait un plaisir à modifier un outil qui est mal conçu à la base, est-ce que c’est parce que Myspace est mal codé ? Cela donne naissance à une nouvelle imagerie ?

Je crois que oui. C’est parce que l’outil a des failles et parce qu’il est ouvert, on peut se le rapproprier et en jouer. C’est un peu le principe du logiciel libre. Plus le support est développé, plus il est fermé, plus il est ouvert plus tu peux te l’approprier.

Merci Charlotte Cheetham et Pierre Vanni !

Interview : Francois Havegeer

Francois Havegeer Site web - Myspace
Interview par mail le 29 avril 2008.

Peux-tu te présenter ?

François Havegeer étudiant en DSAA à l’ESAAB de Nevers.

Tu es présent sur le net depuis combien de temps ? Comment ça s’est passé ?

J’ai eu ma première adresse mail au collège, vers 2001 par là, mais j’avais même pas le net chez moi…
Sinon j’ai commencé avec un Photoblog vers mars 2006 (supprimé depuis), puis un Myspace en automne 2006 (me souviens plus du mois ni du jour …) ;) C’est à chaque fois un copain (Christophe) qui m’a incité a le rejoindre sur ces réseaux sociaux. Et puis ensuite tout s’est un peu accumulé, un autre Myspace (Rober & Richar, avec Christophe toujours), puis un Virb (que j’ai supprimé parce que c’est pas génial…), et enfin un Last FM (qui est un réseau social musical, que je te conseille si tu n’en pas déjà un…), puis Facebook, et je crois que j’ai à peu près fait le tour. J’ai aussi un blog “privé ” qu’on tient avec des amis, mais c’est plus pour rester en contact les uns avec les autres…

Es-tu un gros consommateur d’internet ?

Euh, du coup je pense que oui…
J’y passe pas mal de temps d’ailleurs, entre tous mes comptes, les nombreux blogs sympas, quelques conneries par-ci par-là…

Utilises-tu les réseaux sociaux ? Si oui pourquoi ?

Oui j’utilise les réseaux sociaux, pourquoi je sais pas vraiment…
À la base c’était pour me faire “connaître ” (enfin Myspace, Virb et Photoblog), mais plus maintenant. La preuve c’est que j’en ai supprimé deux.
Le Myspace me sert en fait plus à faire des blagues, ou a laisser des comments drôle, et puis parfois à faire des rencontres (tu en es l’exemple).
Facebook c’est assez différent, c’est plus entre vrais amis, plus personnel je dirais.
Quant à Last-FM, ça a pour but de nous faire découvrir de nouveaux artistes, en gros y a un logiciel “détective” qui analyse toutes tes écoutes, et en fonction de ça, il te donne une liste de personnes qui ont des goûts musicaux très très proche des tiens. En regardant leur page, tu peux découvrir des noms d’artistes que tu connais pas ou demander conseil.
D’ailleurs c’est assez drôle, parce je ne “fréquente” pas les mêmes personnes selon les réseaux.

Ton réseau social préféré ?

Ils sont quand même assez différents, mais je pense que je préfère Myspace, même si sur Facebook, y a pas mal de “petits jeux” marrants.

Penses-tu que les réseaux sociaux contribuent à une forme de création graphique à part entière (notamment dans les micro-communautés de graphistes et artistes. Je pense à Myspace en particulier.)

Je sais pas si j’ai suffisamment de recul pour répondre, mais je dirais qu’il y a des codes propres à Myspace qui se sont développés. Après, ça tout dépend de la “communauté”. Je vois qu’il y a pleins de petites communautés aux goûts et au styles un peu semblables qui se sont créer, et Myspace leur a peut-être permis d’évoluer en groupes vers une même direction…
En fait je sais pas trop, si ce n’est peut être l’avatar, par exemple pour Rober & Richar ont essaye de faire un avatar par jour et la seul contrainte c’est une tête carré. C’est quand même quelque chose créé pour Myspace, et du coup grâce à Myspace. Myspace a permis une forme d’auto-promotion plus facile, plus accessible, et une diffusion beaucoup plus rapide.

Penses-tu que le médium “réseau social” influence la façon dont communiquent les graphistes/designers/artistes entre eux ?

Oui, enfin a priori, je suis pas suûr qu’avant Myspace les graphistes se disaient KIKOU, XD, LOL, MDR etc… entre eux…
Mais après, j’étais pas parmi les graphistes à l’arrivée de Myspace donc je peux pas trop savoir si ça a changé…
Par contre les jeunes graphistes (ou étudiants en graphisme) actuels ne se parlent et ne communiquent pas de la même façon que les jeunes graphistes d’autrefois…
Enfin j’imagine mal Paul Rand utiliser le langage Msn, les photos sur Google Images, déjà d’un point de vue technique c’est pas trop possible…
Pour le coup le Club Des Chevreuils sont un peu des “papas” de ce langage et de cette nouvelle forme de communication sur Myspace et sur le net en général. C’est dingue, eux sont vraiment sur tout les trucs !!!

Pourrais-tu me faire une liste de codes graphiques que tu voix régulièrement sur Myspace et qui te plaisent ou au contraire qui te dégoutent.

KIKOU

Le commentaire assez courant (enfin je pense), drôle et un peu décalé, il se moque un peu des Skyblogs, avec du html… et hop
Des .gif rigolos, ou alors des “hello!” avec un des visuels de la personne. Il y a pas mal de flyers de soirée aussi (Ipod battle…etc…), enfin ça varie selon les personnes.
Après il y a LE COMMENT hideux (mais drôle, même si c’était pas le but). Déjà à la base ce que fait la personne c’est pas génial, mais comme il y croit trop, il “signe” son illu avec une typo moche en blanc opacité 50 %. Ça c’est le must et c’est quand même assez courant, enfin je veux pas balancer, mais le plus souvent c’est des américains !!!
Sinon j’ai eu un comment trop bien aussi, en plus c’est au premier degré, donc encore mieux, de la part d’Aurore Kimberley (Officiel) :
Bonjour, un petit passage sur ta page pour te souhaiter un excellent week-end à toi et ta famille !!
A très vite sur nos pages !!
Amitiés
Aurore

Ce comment est juste trop bien !!!!
bon weekend kitch

Que me conseilles-tu de lire ? voir ?

Tu dois peut-être connaître le travail de Xavier Barrade (http://xavier.barrade.free.fr/). Il a fait un truc aussi sur Myspace, il a réutilisé des visuels et des typos trouvés sur Myspace, (dont mes “anciennes” illus, celles de Rober & Richar, de Christophe, et bien d’autres…) Sinon à lire, je sais pas trop…

Que penses-tu du sujet de mon mémoire ?

Oui, ton sujet me paraît vraiment intéressant !!!
Il y a moyen de faire des choses vraiment intéressantes avec ça.

Merci François !

L’identité : avatar et masque moderne

Internet permet à chaque individu de se créer des identités. Elles sont multiples, malléables et évolutives. Elles ont l’avantage de ne pas subir les contraintes du monde hors ligne.

L’avatar est construit en fonction du service pour lequel il est créé, il y a par conséquent différentes définitions de l’avatar, depuis le simple pseudonyme jusqu’à une base de données complexe définissant l’utilisateur : textes, images, descriptions, goûts, amis… Grâce à la palette d’outils que propose le réseau social, l’individu se forgera un caractère et une façon de s’exprimer. Dans les années 90, les net.artistes exploitaient les possibilités d’expressions sur les listes de diffusions1 pour pouvoir se reconnaitre entre eux. Par exemple, sur la liste de diffusion 7-11 , le net.artiste caché sous le pseudonyme m/e/t/a signait chacune de ses interventions d’une immense collection de données, comme des listes d’adresses IP sérielles2. Il n’était pas rare de voir de fausses personnalités sur ces premiers outils de communication en ligne dans la mesure où, les listes de diffusions étant techniquement limitées, c’était pour ces artistes un moyen facile d’exprimer leur créativité. Pour affirmer leurs identités, ces pionniers poussaient les limites des contraintes du médium : images en ASCII ou kilométrées de données dans les parties réservées aux sujets ; ce fût alors les premières véritables expériences en matière d’affirmation d’identité en ligne.

Plus récemment, sur l’univers virtuel Secondlife, l’avatar se révèle comme une somme d’informations impressionnante comprenant la représentation 3D d’un personnage, des objets divers personnalisables, une gestuelle propre, etc. Cet éventail d’informations permet une personnalisation pointue de l’avatar. Second life étant un terrain de jeu idéal pour les artistes, beaucoup d’entre eux travaillent sur la notion d’identité.3. Aram Bartholl en fait partie. En se fabricant un tee-shirt réel sur le modèle de l’avatar par défaut de Second Life, il propose une transformation virtuel / réel4 de l’identité.

Sur Myspace, (b)ananartista orgasmo SBUFF s’auto-proclame super héros de l’art. Il prétend être chanteur, compositeur, vidéaste, peintre, performeur, designer, poète, danseur, chaman et musée vivant. Son univers graphique grouille de visuels animés aux couleurs vives. Il collectionne les profils, s’auto-caricature sans cesse dans une représentation de lui-même plutôt amusante. Sa principale activité consiste à faire des collages audiovisuels en tous genre pour se mettre en scène dans un style rappelant les premières expériences sur les logiciels de créations.5

Il n’est pas rare de voir l’avatar se transformer en masque, ainsi il devient un efficace moyen de protection de la vie privée et clarifie la frontière entre réel et virtuel. Les masques permettent aussi de créer un univers de non-dits qui contribue au secret, attisant la curiosité, et donc l’intérêt. Les artistes et graphistes ont bien compris ce processus et en jouent. Se montrer tel que l’on est dans la vraie vie n’aura aucun intérêt, assouvir les envies de détails du visiteur n’apportera rien sinon son indifférence finalement. Il s’agit vraiment d’un jeu de séduction qui stimule la création et l’expérimentation en matière d’identité. Plus un profil sera énigmatique, plus je chercherais à trouver des informations à son propos, d’autant plus si ses créations me plaisent.

Sur Myspace, un profil est aussi défini par ses contacts. Chaque utilisateur possède une liste d’amis quasiment vierge à l’inscription qui augmente selon les ajouts d’”amis”. Lorsqu’un profil plait à un utilisateur, ce dernier a la possibilité de l’ajouter à sa liste d’ami et peut alors poster un commentaire sur sa page. L’utilisateur peut aussi trier une liste plus petite : c’est le “top friend”. Un utilisateur a la possibilité de sélectionner dans son top friend une quinzaine d’amis ou moins qui sera affichée directement sur sa page. Cette partie de la page contribue à la qualification de l’identité, car les amis que possède un avatar nous renseigne sur ces centre d’intérêts. Par exemple, je peux avoir Léonard De Vinci et le dernier groupe à la mode dans ma liste d’amis.

Si mon profil apparait sur le profil d’une personne influente dans un domaine, cela m’assure une visibilité non négligeable. Dans le top amis, ce sont les avatars qui sont représentés. Avec le pseudonyme de l’utilisateur, l’avatar graphique doit donc être personnalisé et travaillé pour inciter les utilisateurs à visiter son profil. Il peut être animé et de taille variable notamment dans la longueur.

Toutes les formes de création contribuent donc à définir l’avatar de manière plus ou moins complexe. L’une d’elle est particulièrement intéressante pour mon étude : le langage. Il est utilisé pour communiquer sur la plupart des communautés ou blogs (qui sont une nouvelle forme de réseaux sociaux6). Le langage constitue une facette incontournable de l’avatar car c’est sa manifestation la plus fréquente et la plus directe. La protection de l’intimité que promet le masque assure une liberté de création par la parole (le plus souvent écrite). Il est donc fréquent de trouver des individus ou des groupes qui utilisent un langage spécifique pour communiquer. Parfois osé ou vulgaire, et qui parfois s’apparente à une véritable ligne éditoriale de l’avatar, assurant un impact et une reconnaissance immédiate. Quand Le Club des Chevreuils met en page des expressions populaires ou donne des prénoms sur des photos d’identité géantes piochées sur Google Image, on a vite l’impression d’être dans l’univers d’un groupe d’amis, pourtant publié aux yeux de tous. Quand La All Fingers reprend ces mêmes codes pour les pousser à l’extrême, ce n’est pas sans rappeler l’esthétique basse def7 dont il est question sur les réseaux sociaux d’adolescent comme Skyblog ou Msn. Dans les deux cas, l’avatar d’internet présente l’opportunité de faire abstraction du sérieux : pour l’adolescent c’est un moyen d’expression à la manière d’un journal intime, pour le graphiste, un univers de création ouvert à l’expérimentation, une carte blanche sans client, avec pour seules contraintes celles du support.

Internet à ses débuts, surnommé handshake (poignée de main) par les premiers net.artistes8, fut accueilli comme un médium de nature amicale et sociable. Aller vers l’autre et plaire sont donc des attitudes naturellement présentes en ligne. De toute évidence, l’avatar est la façon la plus complexe de représenter l’être humain après l’identité réelle. Par conséquent, l’affinité entre l’identité sur internet, le support et ses contraintes, forment un réel questionnement aussi bien chez les simples utilisateurs que chez les graphistes, designers et artistes.

1 Ancètre du forum. Les listes de diffusion sont en texte brut.
2 Source : L’art Internet - Rachel Green
3 Mémoire de Pierre Vanni : Réinvestissement tactile de l’image de synthèse dans le champ des Arts appliqués.
4 Voir aussi les oeuvres des http://0100101110101101.org/
5 Voir aussi : Charlie the unicorn, Lee Pants, Lucille Calmel, Mytrashspace, Gijs, Videogramo
6 Mon réseau social, c’est mon blog - Presse citron
7 Basse Def, Partage de données - Les presses du réel
8 Barbara Aselmeier, Joachim Blank, Armin Haase, Karl Heinz Jeron en 1993

Interview : La All fingers

La All Fingers - Leur Myspace

Interview “Encore plus méchants”

Pour faire cette attraction, il faut mesurer au minimum 1m40 et être accompagné d’une personne adulte. Pour cette raison, Pierre n’a pu répondre aux questions. Nous en sommes désolés et lui de même.

All Fingers, ok ça sonne bien, mais c’est quoi ?

Des amis.
Des doigts.
La All Fingers, c’est tout.
Pfff.
Une union
Littéralement, une aventure humaine. Avant tout.
Un projet.
Des copains et du goût. Du pain, du vin, du boursin.
De la neige, des marmottes et du couscous.

Qu’est-ce que Myspace apporte à la team ?

La All Fingers ne veut pas d’amis (elle se suffit à elle-même, cf. question 1). La All Fingers vous aime (malgré le fait qu’elle ne veuille pas d’amis). La All Fingers ne fait certainement pas partie de votre réseau étendu (parce que des réseaux elle en a déjà trop (d)étendu).
En fait moi myspace j’en ai rien à foutre, parce que c’est moche et rempli de crétins qui chantent et d’autres qui dessinent.
C’est la All Fingers qui apporte des choses à myspace,
Ce n’est pas l’homme qui prend la mer.
Un lien sur le site.
Pas grand chose puisqu’à priori le notre ressemble à une page blanche. Nous sommes les seuls amis que nous tolérons, ça limite un peu.

Déjà LCDC ne sont pas des anges, et vous vous reprenez leurs codes et les narguez ! Ça sent la baston. Plagiat ? Provoc ? Hommage ?

Plagiat, provoc et hommage de leur part. “kikoo, lol, mdr, ; )”…
“Vous reprenez leurs codes ?” C’est toi qui provoque là batard ! Nous on laisse nos mains et nos doigts décider de s’qui va sortir. On aurait plagié si ça avait été nos têtes qui avaient décidé.
Le club des quoi? Des cercueils, mais si tu connais !
LDLC.fr c’est une entreprise d’informatique,je ne vois pas ce qu’on aurait pu leur voler. Je ne comprends pas.
LCDC, connaît pas.
À la base je suis fan de Gilles Poplin.

Pas gentils sur la toile, mais dans la vraie vie ? Comme les vrais méchants vous portez un masque ?

Dans la vraie vie on est là pour tout baiser, à sec, sans protection. Pas de masque(s) donc.
On est à une époque où il y a du sentimentalisme partout. Le pouvoir de toutes les petites connasses de 14 ans qui “kiffent les chachas sur skyblog” est énorme. Il faut lutter contre ce nouveau type de crétinisme ; par la méchanceté
et surtout, l’euthanasie.

Sinon je conseille les masques au concombre ça débouche les porcs.
Moi je n’étais rien, et voilà qu’aujourd’hui je suis le gardien du sommeil de ses nuits.
Chez nous personne n’est méchant mais personne n’est gentil.
Parfois vicieux…Ambitieux ?

La création est-elle une finalité ?

La finalité c’est notre nom dans toutes les bouches.
Et pas que nos noms. On peut pas s’en empêcher. C’est donc plus une fatalité qu’une finalité (hé putain tomi et élodie va falloir vous bouger pour faire mieux qu’ça).
Et pas que dans la bouche…
Si ce n’était que ça, yvan, on en aurait déjà terminé de la All Fingers. Ouais c’est vrai, t’as raison Valentin.
Bien sûr que non, la seule finalité c’est de se rassembler.
C’est plutôt une fatalité effectivement. Et ce qui nous caractérise c’est plus la finesse que la finalité. Hein, quoi, le fitness ?

Pensez-vous que grâce à myspace, une nouvelle forme d’imagerie est créée, notamment dans les commentaires ?

Pas une nouvelle forme non, mais en revanche grâce à myspace Photoshop (Adobe™) assure sa notoriété et Paint revient en force. Et ça c’est bien.
Myspace n’invente rien, y avait une vie avant l’écran, non ? Par contre, la facilité du truc décomplexe encore plus sur la question d’la qualité, et pas sûr qu’on y gagne.
Oui.
C’est n’importe quoi cette question.
Je ne comprends pas la question.
Il y a une esthétique caractéristique avec Myspace, mais ce n’est pas le contenu qui la crée, elle est plutôt structurelle. L’imagerie n’est pas nouvelle.

Quel statut donneriez-vous à ces images ?

Celui qui fait la plus “moche” est incontestablement le King Of Myspace. Celui qui fait la plus “belle”, c’est qu’une tarlouze !
Pas mieux, hein tomi ?
Custom/home made/jpg.
Des testimoniaux de notre temps destinés à perdurer, même quand il neige.
Je ne comprends pas la question. C’est pas grave.
Do it yourself

Quel est ton / votre processus de création d’images si il y en a un ?

On parle, on boit des bières, on mange des bretzels, on boit, on tape un P.E.S, on boit, on parle…et des idées naissent.
Malgré ce qu’on dit le seul membre féminin de la All Fingers n’y est jamais passée, je tiens à rétablir cette vérité, mais je pense honnêtement que ça se fera un jour. Et je pense que ce jour-là on sera encore mille fois meilleurs graphiquement et plastiquement.
Just do it. Yes, enfin !
Word est une source d’images incroyable, trop souvent oubliée. Le word art et les cliparts animés
sont la base de notre processus de creation.

Notre seul mot d’ordre, c’est de ne jamais faire quelque chose d’intelligent.
On a chacun nos processus, mais on ne s’en sert pas souvent. Le reste se fait à base de bières
et de bretzels.

Tout le monde oublie les Pim’s, de toutes façons.
Et votre putain de Coca light, bande de pédocs !

Avez-vous l’intention de mettre tous vos doigts dans je ne sais quel orifice ?

La All Fingers ne veut pas d’amis.
C’est quoi cette question ? Depuis quand c’est le mec qui fait l’interview qui fait les blagues ? Et c’est un sacré manque de respect pour Elodie.
On ne fait que des fist-fuckings, gros.
Dans celui de Catherine Zask, peut être. Ouuuuuuuuuuuuuuuuh !
La All Fingers vous aime…et on a déjà pas mal d’orifices à notre actif.

Ok, merci pour cette interview je vais devoir la cacher. Maintenant lâchez vous (graphiquement), vous avez carte blanche.

(Voir plus haut)
La prochaine fois que t’utilises l’impératif, je te pète les reins.
En fait, je crois qu’il faut pas répondre ici. C’est pas une question. Mais bon, ça nous fait rigoler.

Basse def et esthétique underground

Lors de l’émergence du web, les net.artistes eurent l’opportunité d’explorer un médium quasi-vierge qui ne demandait qu’à héberger les expériences. Malgré l’état peu avancé des langages de programmation, certains outils basiques comme le HTML et le javascript dès 1995, permirent d’instaurer des codes graphiques de base. De la même manière, l’interaction entre le visiteur et le site web était elle-aussi basique. Ainsi, on peut dire que les créations des net.artistes comme les “sites perso” des premiers webmasters étaient contraints par les outils de création que permettait la technologie.

Le style de cette époque, limité techniquement, a aujourd’hui une grande influence sur la création en ligne, sans doute dû au peu de recul que permet l’histoire de l’art internet. Créer en ligne a presque toujours été un acte presque marginal. Le monde des affaires a présenté au monde internet davantage comme un outil pratique et rapide, dont la vocation de support artistique n’a jamais vraiment été revendiquée en tant que telle. C’est pourquoi les œuvres net.art et les expériences tendent souvent à rendre hommage au web amateur et au marginal, pour lesquels les cheminements et processus sont clairement plus importants que le résultat. Ce dernier comporte parfois plusieurs lectures, oscillant entre minimalisme, déchet, et débris de la culture populaire.1 Des pratiques plus récentes consistent à caricaturer le monde des affaires des année 90, comme si la culture de l’image sur internet profitait du recul qu’elle acquière doucement pour se révéler sa propre histoire.

Cet anti-design questionne la place de l’œuvre en ligne, son origine et ses interprétations selon les cultures. Créer sur internet c’est créer dans le vide, ne sachant jamais comment et par qui l’œuvre sera perçue. La notion de territoire est si particulière sur internet que les œuvres ont intérêt à être non pas les plus polyvalentes possibles mais plutôt marquées par leur appartenance au médium. La sous-culture internet est ce qu’il reste de la joyeuse anarchie qui régnait au début des années 90 : on peut d’ailleurs se demander si la nostalgie d’un réseau quasiment vierge de toutes traces de sociétés et de publicités n’affecte pas les nouveaux créateurs. Inconsciemment, les codes cyberpunk2 se modifient et évoluent au gré de la technologie, avec un panchant pour l’excès, l’expérience, la non-lisibilité et le détournement.

Les pratiques low-tech utilisées sur les site perso et les réseaux sociaux de la nouvelle génération sont donc clairement inspirées des expériences cyberpunk. Métissage, code sale, gifs animés, déstructuration, form art et ASCII art transforment Myspace en un véritable champ de bataille html. C’est celui qui est le plus extravagant et le plus visible qui gagne.

Depuis, les interfaces graphiques sur internet se sont améliorées. Javascript et les langages permettant de communiquer avec un serveur distant (PHP et MYSQL), on accroit les possibilités de dialogues homme-machine. L’apparition de la technologie Flash de Macromédia a quant à elle permis des animations vectorielles, puis de nombreuses évolution des interfaces. Par ailleurs, le langage HTML, plus accessible pour le client et plus facile à développer, a toujours été la première étape de la création basée sur internet. A la porté de tous, il peut se définir comme le langage du peuple.

1 A ce propos Etienne Mineur a écrit deux articles listant les sites basse def de graphistes à la mode. Les commentaires sont aussi interessants. Article 1 - Article 2
2 Mouvement de contre-culture, initialement lié à la science fiction mais aussi fortement présent sur internet : http://wwwwwwwww.jodi.org/ - Glitchbrowser - http://0100101110101101.org/

Comme internet…

  • Cette analyse n’a pas de début ni de fin.
  • La navigation à travers les parties est hypertexte.
  • Vous pouvez aussi survoler les bords de cette page pour vous déplacer plus précisément.
  • L’édition des parties ne sera jamais terminée. Vous pouvez la suivre via ce flux RSS1.

WorkNet est mon mémoire de fin de cycle à l’École Internationale de Design, spécialité design graphique.

Mon étude questionne les affinités entre les réseaux sociaux et la création en ligne. Après avoir questionné des designers graphique et des étudiants, mes études se sont dirigées vers l’esthétique et les contraintes techniques de ces réseaux sociaux. Mon intention est de capturer un panorama des techniques et des processus de création dans le cadre de communautés, en soulignant leurs sources d’inspirations et les antécédents de cette nouvelle forme d’expression.

Ma problématique s’articule autour de l’influence de la création en ligne sur les supports traditionnels comme l’édition, l’affiche, la vidéo, etc.

Mes recherches aboutiront à la création d’un collectif de travail pour mettre en place une plateforme de création en ligne favorisant l’expérimentation.
Cette analyse a commencé sur le wiki Quoifairederien en novembre 2007.

Merci à Aude Debout, Christine Lamiraux Stretti, Florence Morali, Guillaume Grall et Le Club Des Chevreuils, Charlotte Cheetham, Pierre Vanni, la All Fingers, Francois Havegeer, André Demailly, Xavier Barrade, Sylvain Maupas, Nicolas Morand et tous les autres^^

A propos de Raphaël Bastide - Travaux - Myspace -
Ce site est réalisé avec Wordpress et Mootols.

La contrainte technique

Chaque médium contient des contraintes techniques qui lui sont propres et la création doit s’y plier, donnant lieu parfois à un jeu de dialogue avec elles. On peut ainsi déterminer la nature du médium en fonction de la forme que prend la création. Par exemple, une émission de radio diffusée dans un casque se différenciera nettement d’une émission de télévision dans la qualité du son, l’exigence de descriptions plus illustrées dans le cadre de commentaires, la grille et les types de programmes, le rythme, etc.

Le philosophe et sociologue Herbert Marshall McLuhan prétend que “le médium est le message”. Partant de cette thèse selon laquelle le support a une incidence directe sur la nature et la forme du contenu qu’il génère, la réception d’un message prédéterminé par son médium s’en trouve nécessairement conditionnée et par la même, les interprétations diffèreront. A une échelle plus réduite, la composition graphique du message variant pour un même support influencera son interprétation de la même manière. Au sujet de la communication sur internet, de nombreux paramètres permettent de modifier la lecture du message. Dans un premier temps, il faut savoir que l’affichage des données dépend du système d’exploitation de l’utilisateur ainsi que du navigateur utilisé ; par exemple, un internaute sous Macintosh qui navigue avec le navigateur Safari ne percevra pas l’information de la même manière qu’un autre surfant avec Firefox sur Windows. Les polices systèmes, les couleurs, les dimensions et les fonctionnalités diffèrent selon le matériel de chacun, sans parler des outils activés sur la machine (Flash player, javascript…) Ce sont là des contraintes machine qui vont modifier la forme et donc, la réception puis la perception du message.

D’après McLuhan, le médium influence nos sens et notre cerveau de telle manière que le contenu du message en sera considérablement affecté. En surfant sur Internet, l’utilisateur étant préparé à recevoir des informations de type numérique, son interprétation du message dépendra alors de son affinité avec internet. Pour exemples, un quinquagénaire dont l’utilisation d’internet se borne à la consultation de ses emails et à la réservation de billets de train et un étudiant en arts appliqués auront de toute évidence chacun une vision complètement différente d’une création basée sur internet (prenons l’exemple de jodi.org). L’un y verra une somme d’informations indescriptibles et de par le fait de sa non-sensibilisation, ne cherchera pas plus loin ; l’image qu’il se faisait d’internet en sera néanmoins modifiée grâce à cette visite. L’étudiant, lui, aura une interprétation peut-être plus plastique de ce qu’il lui est offert de voir, en cherchera le message et poussera peut-être son investigation jusqu’à regarder le code source de la page et ainsi découvrir un message potentiellement caché par les artistes. Sa curiosité et son intérêt stimulés, il recherchera peut-être plus d’informations sur Jodi, et tombera sur d’autres de ses créations. Pour le premier, cette expérience étrange se révèlera peut-être désagréable et tendra à l’écarter encore davantage du médium : “je ne comprend pas, ça ne ressemble à rien que je connaisse déjà, donc, je prends mes distances.” Pour l’autre, Jodi.org deviendra la première œuvre net.art qu’il aura visité et par conséquent étendra sa connaissance et sa perception du réseau en même temps que l’existence de la création sur et pour internet. Cette visite anodine l’influencera peut-être, et pourra intervenir de manière consciente ou non dans ses propres processus de création.

Si notre connaissance d’internet influe sur l’interprétation que l’on a de son contenu, notre affinité à la communauté dans le cadre de la navigation sur des réseaux sociaux est naturellement un facteur déterminant pour la lecture et de la perception d’un message. En tant que visiteur, les codes sont abordés en fonction de la culture du milieu ; ainsi, un visiteur averti des us et codes de l’univers spécifique des beaux arts interprètera plus facilement la communication dans cette micro communauté (lien). Au contraire, un visiteur tout à fait étranger à cela devra se construire une connaissance du milieu et se familiariser seul avec ses codes et modes de fonctionnement. Tout est question de curiosité. En vue précisément d’éveiller cela chez le visiteur néophyte encore plus que pour l’habitué, le créateur pensera la forme de son message posté en fonction du reflet qu’il veut rendre de son univers, poursuivant son esthétique en place ou au contraire, rompant radicalement avec lui afin de provoquer la surprise lors de la découverte par le visiteur inconnu de ce qui caractérise la cohérence entre ses créations.

Ici encore, il semble que les contraintes tant techniques que culturelles imposées constituent des éléments fondamentaux, servant comme prétextes à l’expérimentation et à l’émergence d’une création à proprement parlée ancrée dans son médium, et dont il fréquent de se jouer.

Myspace, support de création malgré lui

Myspace est le vilain petit canard des réseaux sociaux, celui qui est né mal fait, avec un bec de lièvre.

Initialement créé pour permettre aux petits groupes de musiques de se percer plus facilement dans le milieu difficile de la scène, Myspace est basé sur la simplicité de création de son profil. L’utilisateur est placé au centre, c’est lui-même qui crée le contenu (principe fondamental du web 2.0). Le site donne ainsi la possibilité à tous les musiciens d’obtenir et de personnaliser un espace où ils pourront faire leur promotion, communiquer avec leurs fans, mettre leurs morceaux en écoute… En gros : être potentiellement visibles par le monde entier de manière simple et gratuite. Ce concept à valu à Myspace une notoriété telle qu’il est1 le premier réseau social mondial1 toutes catégories.

Mise à part la communauté des musiciens qui reste de bien loin la plus étendue de Myspace en terme d’impact, d’autres utilisateurs de Myspace bénéficient de la popularité du réseau social. Ils s’organisent par micro-communautés, et fragmentent ainsi la carte de Myspace. Je vous propose une liste non-exhaustive de ces communautés

  • Les groupes sociaux s’approprient Myspace pour recréer leurs groupes d’amis en ligne afin de pouvoir facilement communiquer avec eux et étendre cette liste. Ainsi ils sont visibles au yeux de tous, c’est généralement leurs seul présence sur internet en tant qu’individu. Ainsi ils sont visibles au yeux de tous, c’est généralement leur seul présence sur internet en tant qu’individu. Comme toutes communautés en ligne, c’est aussi un moyen de passer le temps en faisant des découvertes de lien en lien. Ces groupes créent peu ou pas du tout leur environnement graphique, qui est surtout composé d’avatars ou d’images toutes faites, par exemple pour remercier d’un nouvel ajout.
  • Les communautés thématiques s’organisent autour d’un sujet précis. Celui-ci pourra être la religion, les chats, la drogue, le cinéma, un évènement, une émission TV… Ce type de communautés permet des échanges entre “passionnés”. L’environnement graphique dépend naturellement du sujet en question.
  • Les communautés de création font de Myspace un véritable bouquet de la création contemporaine. Les pages Myspace de chaque individu sont dans ce cas des hybrides entre portfolio et CV.
    • Les Artistes Les Artistes musiciens, plasticiens, illustrateurs, poètes, net.artistes, vidéastes, comédiens… Sont sur Myspace pour faire acte de présence sur internet ou/et pour une veille d’actualité dans leurs domaines respectifs. Ils profitent aussi du réseau pour s’afficher, faire de l’auto-promotion et élargir leurs contacts.
    • Les Professionnels de la création sont aussi représentés : Design graphique, sonore, produit, mode, création web et multimédia… Cette branche bénéficie aussi du réseau pour présenter des créations. En effet Myspace permet de nombreuses mises en relations, les collaborations y sont fréquentes, et des collectifs se créent régulièrement dans bien des domaines.

D’une manière générale un utilisateur connaitra l’univers qui suscite son intérêt comme une petite ville. Cela réduit nettement son champ de perception et d’action et facilite l’utilisation du réseau social.

Le bec de lièvre

Très tôt, les utilisateurs de Myspace se sont multipliés : un phénomène de mode traversa d’abord les Etas-Unis, puis l’Europe. Myspace connut ses heures de gloire(pas de s) alors que ce n’était encore qu’une application qui comprenait des failles de sécurité. Par exemple, la personnalisation de sa page de profil consistait à modifier un champ de présentation nommé “Qui je suis” en y incorporant du code HTML. Chaque utilisateur qui voulait personnaliser sa page devait donc avoir des notions de HTML. Ce type d’erreur de la part des créateur de Myspace contribua à son intérêt. En effet de nombreux détournements sont possible sur Myspace.

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